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L'Eternel Retour

9 Avril 2017 , Rédigé par Marcel Dehem Publié dans #science fiction

L'Eternel Retour

 

Sargon (1), réveille-toi mon chéri ! Tu rêvais ?

Oui, ma Reine bien-aimée. J'ai rêvé de mon futur... Je vais devoir jeûner et méditer afin d'être prêt quand le moment sera venu.

Je t'attends sur la terrasse, le soleil vient de disparaître à l'horizon. Je t'ai préparé une cruche de citronnade bien fraîche.

Je viens dans un instant Ištar (2), le temps de reprendre mes esprits.

Il se leva de sa couchette climatisée et laissa son regard se perdre dans les derniers rougeoiements du ciel de Super Sumer.

Tout était calme. Les oiseaux planaient encore au-dessus du fleuve. Il aperçut un point brillant dans le ciel. Celui-ci se rapprocha et l'Astroport s'éclaira subitement pour accueillir l'un des vaisseaux de la Flotte Impériale.

Il allait falloir bientôt quitter toute cette harmonie. Je m'y suis préparé donc je dois encore m'y préparer. Lui revint en mémoire la Légende de Sargos d'Akkad. (3)

 

« Ma mère était grande prêtresse. Mon père, je ne le connais pas. Les frères de mon père campent dans la montagne. Ma ville natale est Azupiranu la ville du safran, sur les bords de l’Euphrate. Ma mère, la grande prêtresse, me conçut et m’enfanta en secret. Elle me déposa dans une corbeille de roseaux, dont elle scella l’ouverture avec du bitume. Elle me lança sur le fleuve sans que je puisse m’échapper. Le fleuve me porta; il m’emporta jusque chez Aqqi, le puiseur d’eau. Aqqi le puiseur d’eau me retira du fleuve en plongeant son seau. Aqqi le puiseur d’eau m’adopta comme son fils et m’éleva. Aqqi le puiseur d’eau m’enseigna son métier de jardinier. Alors que j’étais jardinier la déesse Ištar se prit d’amour pour moi et ainsi j’ai exercé la royauté pendant cinquante-six ans.»

Il savait ce que cela signifiait. Le cycle de Sharos (4) arrivait pour lui à son terme. Il avait vécu toutes ces vies depuis 3600 ans. Il se rendait parfaitement compte de son privilège. Atteindre la fin du cycle et être ainsi en possession de toute la connaissance. Contribuer à l'Harmonie de l'Univers, en ayant intégré toutes les Forces contraires. 3600 ans pour y parvenir à travers ses différentes vies. Il savait que seuls ceux qui atteignaient la fin du Cycle pouvaient voir leurs vies antérieures et l'Éternel retour de toutes choses.

Bientôt, il le sentait, il serait déposé sur ce même fleuve qu'il apercevait depuis cette terrasse, dans une corbeille en osier et qu'il devrait apprendre le métier de jardinier avant d'être reconnu par la déesse Ištar et qu'il lui faudrait à nouveau vivre durant 3600 ans avant de revenir sur cette terrasse en compagnie de sa chère Ur.

Un message s'afficha sur ses lunettes connectées.

 

Urgent et confidentiel. Le vaisseau Babylone est rentré de mission. Le Commandant nous informe que Bérose (5) arrive au terme du premier cataclysme...Le solstice d'été de l'univers sera observable dans trois jours lors de la conjonction des planètes en Cancer.

 

Il retira un instant ses lunettes, s'épongea le front. Il faisait décidément très chaud depuis quelques semaines. Était-ce les signes annonciateurs du prochain cataclysme ?

Ur, ma chérie, je dois me rendre à une réunion d'urgence.

Rien de grave, Sargon ?

Rien d'imprévu en tous cas. le vaisseau Babylone est rentré de mission...le Commandant est en possession des données qui confirment la venue prochaine du premier cataclysme. Nous devons nous préparer...

Puis-je faire quelque chose pour t'être utile ?

Médite, concentre ton esprit sur les forces primordiales qui régissent l'Univers connu. N'ai pas peur d'avoir peur. Tu sais comme moi que nous serons délivrés. À tout à l'heure ma chérie.

il enjamba son néoscooter et programma vocalement le vol vers la salle du Conseil.

L'air était doux. Les Jardins Suspendus brillaient de mille feux. Cela sentait l'encens et la viande grillée. La ville de Ninive était paisible. Des prières et des chants d'allégresse montaient des jardins.

Il savait que cela ne changerait rien au Cycle. Il sourit en pensant à toutes ses vies qu'il allait revivre sans le savoir. Il savait que l'histoire de sa naissance miraculeuse serait reprise par les grandes religions qui succéderaient à l'Empire Sumérien. Il savait que les Araméens reprendraient son histoire pour écrire la Bible. Il savait qu'ils lui donneraient le nom de Moïse. Il savait que toute la région entre le Tigre et l'Euphrate serait le théâtre d'affrontements sanglants durant plusieurs milliers d'années. Il savait que l'Empire du Mal, Daesh, serait vaincu après deux cents ans de combats fratricides et que de cette conflagration naîtrait longtemps après l'Empire d'Akkad.

 

 

(1) Nom francisé de Sargos. Voir (3)

 

(2) déesse qui tomba amoureux de Sargos.

 

(2) Sargos d'Akkad. Période d'Akkad (2 340 avant J.-C - 2 180 avant J.-C) : Sargos d'Akkad met fin à la période des cités-États en les incluant dans le premier état territorial, qui se mue vite en véritable empire.

 

(4) Le Cycle de Sharos. Selon les astronomes babyloniens, cycle de base qui dure 3600 ans.

 

(5) Bérose, selon le calendrier Sumérien signifie la Grande Année qui s'étend sur 432000 ans. La Grande Année subit deux cataclysmes. Le premier est un cataclysme de feu (une Conflagration), au solstice d'été de l'univers, lors de la conjonction des planètes en Cancer. Le second est un cataclysme d'eau, un Déluge donc, qui se produit au solstice d'hiver de l'univers, lors de la conjonction des planètes en Capricorne.

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Présentation de chroniques du futur

8 Avril 2017 , Rédigé par Marcel Dehem

Présentation de chroniques du futur

 

Vous le savez bien, on ne peut pas dire tout ce qui nous passe par la tête. Pour plusieurs raisons. D'abord parce que c'est parfois tellement fugace que l'on n'a pas le temps de s'en souvenir. Ruse de notre centre de contrôle ?

Mais surtout parce que l'on n'a pas uniquement des pensées qui peuvent être entendues par ceux qui nous entourent.

On en fait tous l'amère expérience lorsque, submergé par des sentiments aussi profonds que violents, on laisse s'échapper de notre cerveau en ébullition des réflexions qui vont aller heurter de plein fouet nos proches.

L'écriture, elle, permet de remédier à cet inconvénient. On crée des personnages, on leur fait dire et faire des choses qu'on ne pourrait exprimer sans dégâts dans notre monde policé. Le tour est joué !

Le genre littéraire, mineur certes, de la science-fiction a encore un autre avantage. Il permet de mettre en scène, dans un futur incertain voire improbable, ce que l'on redoute et ce que l'on espère. On peut même se permettre de faire porter à l'Avenir les oripeaux du Présent .

Il n'est pas étonnant que ce genre littéraire ait connu son apogée dans les années soixante, soixante-dix, non pas parce que les auteurs de renom aient abusés de la fumette, même s'il est de notoriété publique que certains s'adonnaient sans restriction à la consommation de stupéfiants mais parce que l'époque était propice aux remises en cause fondamentales et à des visions pessimistes de l'évolution de notre civilisation.

Qu'il me soit donné, à travers ces récits, l'autorisation d'explorer notre avenir proche en vous racontant des histoires totalement imaginaires.

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La Lettre de l'Huissier

7 Avril 2017 , Rédigé par Marcel Dehem

La Lettre de l'Huissier

 

 

La lettre de l'huissier

 

 

Je n'arrive pas à m'y faire. Elle me regarde avec ses grands yeux tristes.

Ma pauvre Natacha, qu'est-ce que je vais devenir sans toi. C'est vraiment dégueulasse ce qui nous arrive. Ma pauvre chérie. Qu'est-ce que je pourrais faire ? Je me suis tellement habituée à toi. Ta belle bouche, tes rondeurs si douces au toucher, tes longues jambes. J'adore quand tu m'enlaces. Si j'essaye de m'enfuir avec toi, on sera tout de suite détecté avec ton GPS intégré.On a passé de tels moments d'intimité ensemble...

Tu ne dis rien ? Natacha ? Pourquoi tu me réponds pas ? Natacha ? C'est pas vrai ? Réponds-moi !

La lettre, où est-il ce foutu courrier ?

Ah, le voilà ! Quelle date ils ont mentionnée ?

 

Monsieur,

Contrat client n° 69zobiAAA

 

Nous avons le regret de vous annoncer que nous sommes obligés d'interrompre, faute de transmission de votre part des mensualités prévues pour le Love Service auquel vous aviez souscrit le 8 juillet 2045 pour la location de l'androïde Natacha.

Votre androïde sera inactivé à compter du 08/07/2049.

Nous vous serions reconnaissant de vous tenir à la disposition de Maître Legrand, Huissier de Justice mandaté par notre Société pour récupérer Natacha le 09/07/2049 entre dix heures et onze heures.

Nous vous rappelons que Natacha doit être en bon état, sans éraflures, ni tatouages supplémentaires.

Vous aurez également pris la précaution de vider le réservoir de sperme.

Toute anomalie constatée par Maître Legrand fera l'objet d'une facturation et sera débitée sur votre prochain bulletin de salaire conformément aux clauses du contrat qui nous liait.

En espérant vous compter prochainement à nouveau parmi nos fidèles clients, nous vous prions de croire Monsieur à l'expression de nos salutations distinguées.

 

Maurice Goret

Responsable du contentieux

 

PS. Vous recevrez dans les prochains jours notre nouveau catalogue d'hiver " Très chaudes Natacha "

Sachez que vous bénéficierez d'une promotion exceptionnelle de 50% sur votre premier loyer si vous nous faites parvenir le coupon ci-dessous avant le 15/01/2050.

 

Les salauds. Le 8, c'est aujourd'hui...

Natacha ! Non ! J'veux pas. Y nous auront pas. Natacha, viens ma chérie.

 

Ahahahahahahahaha !

 

 

Allô, Love Service, Maître Legrand à l'appareil. Passez-moi Monsieur Goret je vous prie...Monsieur Goret, Maître Legrand... Oui, enfin non, encore un forcené qui s'est jeté du trentième étage avec son androïde dans les bras... Oui, je sais...récupérable... Je ne pense pas Monsieur Goret...Le manque à gagner... considérable effectivement... Oui, Oui, Monsieur Goret, naturellement je parle de l'androïde.... C'est entendu je bloque tous ses actifs à la banque... Des ayants-droits ? ... je ne crois pas... Comptez sur moi Monsieur Goret. Au revoir Monsieur Goret.

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Jésus revisité

7 Avril 2017 , Rédigé par Marcel Dehem

Jésus revisité

 

 

Jésus revisité

 

Que c'est beau ! toutes ces étoiles. Comment s'appelle-t-elle déjà celle-là. Je n'arrive plus à me souvenir de son nom. Oriane... Orient...Ah, oui ! Orion, c'est ça. Papa m'a dit que c'était une Constellation, avec des milliers d'étoiles...C'est incroyable. Il m'a dit aussi que certaines étoiles étaient tellement loin que même si on pouvait voyager à la vitesse de la lumière, il nous faudrait plusieurs centaine de millions d'années pour y arriver.

Quand je serai grand, je serai cosmonaute et je visiterai les étoiles. L'autre jour maman m'a expliqué que tous ces univers ont été créés par Dieu ! Je voudrais être Dieu ! Je pourrais voir tout ce qui se passe dans tous ces univers...Oh ! la belle lumière, là-bas au dessus de la forêt. C'est bizarre ça, je ne me souviens pas que papa m'en ait parlé... C'est quoi cette musique, on dirait de l'orgue ! On dirait que ça vient de l'étoile au dessus de la forêt.

Isa, il est l'heure de rentrer à la maison. Tu devrais déjà être au lit !

J'arrive maman !

Mais elle grossit à vue d’œil cette étoile..Pourquoi ça vibre comme ça ? Oh, comme ça fait du bien...

Suis-nous Isa, ton Père t'attends au plus haut des cieux..

Isa ? Iiisa ? Réponds-moi s'il te plaît... Rentre maintenant... Isa, Isa ? Ou es-tu mon chéri ? Youssef ! viens vite, Isa a disparu.

Calme-toi Maryam, Isa ? Iiisaaa ? Il a dû se cacher pour regarder les étoiles...Et il s'est peut-être endormi dans la pelouse. Je vais chercher une lampe de poche. Ne Pleure pas Maryam...

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Je suis une histoire

7 Avril 2017 , Rédigé par Marcel Dehem Publié dans #science fiction

 


 

De nombreuse informations se sont, dit-on, perdues suite au grandes émeutes des années 2070 qui ont détruit toutes les structures économiques, financières et abouti finalement à l'écroulement complet de l'ancien monde .

Comme je travaille au service de la Communication, j'ai accès à des données confidentielles que je suis chargé de trier pour censurer celles qui pourraient être néfastes à la bonne santé mentale de la Colonie. Je dispose donc d'un matériel relativement sophistiqué pour récupérer les données numériques encore disponibles.

Un éditorial du début du troisième millénaire signé d'un certain C. Barbier a retenu mon attention dans sa manière d'annoncer presque prophétiquement le règne de la terreur et du repli sur soi. Je vous le livre:

 

«...Mais bientôt, mais demain, si l'on ne sort pas de la crise, si l'on passe de l'angoisse à la désespérance, une foule mettra le feu au palais des politiques et les basculera par la fenêtre, un électorat portera un démagogue au pouvoir, un pays pensera régler ses problèmes par la haine de son voisin, ou le lynchage de ses immigrés. Alors ce sera la terreur ou la guerre. Ou les deux. L'Europe est entre chien et loup, mais le loup gagne du terrain...»

 

L'Express du 6 mars 2013.

 

Mes parents se sont installés dans cette communauté souterraine en 2063, un an avant ma naissance et ont échappé aux plus grandes violences, en participant à la mise au point du programme «Survivant » avec la petite centaine d'ingénieurs et d'intellectuels sélectionnés par le gouvernement de Lotharingie.

La colonie baptisée Donon, creusée dans le grès rouge du massif du même nom compte à présent 880 résidents. Ce nombre est stable depuis deux ans, les décès étant très précisément compensés par les naissances selon des règles de procréation et d'euthanasie extrêmement rigoureuses et connues de tous les membres de la communauté.

Je sais ainsi, qu'étant cette année âgé de 47 ans, je n'ai plus le droit de rentrer dans le programme de paternité mais que je peux compter vivre encore quinze ans en collaborant efficacement à la bonne gestion de la Colonie.

Il y a quelques jours, j'ai fait, comme j'en ai l'habitude une fois par trimestre, une demande de sortie d'une journée pour aller me recueillir sur les lieux où ont vécu mes parents avant les émeutes et j'attends le feu vert du service avec impatience.

Lors de ma précédente sortie, il y a trois mois, je n'ai eu à me servir de mon arme que deux fois, une fois pour disperser une harde de sangliers qui labourait consciencieusement le bas-côté et une autre fois pour faire fuir une dizaine d'hommes et de femmes qui ne levaient pas les bras de manière hostile, mais à la cellule d'entraînement, on nous avait appris à nous méfier de ces gestes amicaux en apparence. Le message était sans équivoque: « Ne vous fiez surtout pas à ce qui pourrait s'apparenter à des signes pacifiques, tirez préventivement sur ces pillards qui n'en veulent qu'à votre matériel et qui n'hésiteront pas à vous tuer»

 

 

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Univers Sale

7 Avril 2017 , Rédigé par Marcel Dehem

...Du haut-parleur fixé dans le plafond s'échappaient des trilles, ces sonorités depuis longtemps disparues de la planète. Chants d'oiseaux avait-il entendu en préambule. Haggar se demandait bien à quoi pouvaient ressembler ces bestioles qu'on appelait chandoiso. Est-ce qu'elles ressemblaient à ces drones qui survolaient le Township en diffusant des cantiques et des hologrammes pour inviter les résidents à essayer un nouveau produit ?...

Les trilles disparurent pour faire place à un rappel sonore de Cortana:

« Aujourd'hui, vous avez été tiré au sort pour un travail d'intérêt général. Rendez-vous dans soixante minutes sur l'Esplanade des Invalidés. Je répète, rendez-vous dans soixante minutes sur l'Esplanade des Invalidés...»

Merde ! Ne pût-il s'empêcher de dire.

Vous avez dit Merde...Est-ce bien cela ? reprit la voix suave.

J'ai compris Cortana ! Se dépêcha-t-il d'ajouter avant que la voix suave ne transmette sa première réponse au superviseur.

Vous avez dit « J'ai compris Cortana...Est-ce bien cela...Oui ou non ? »

Oui ! gueula-t-il excédé à l'intention de cette salope de Cortana.

Il n'avait pu s'empêcher de dire merde car il avait horreur de ces journées de travail d'intérêt général où il fallait nettoyer la dalle des Esplanades de tous les cadavres des invalidés. Ça puait sec et on se retrouvait souvent avec des lambeaux de viscères sur sa combinaison à cause de la pression des karcher. Il préférait de loin les journées mondiales contre la Peine de Mort . Ce jour-là, il n'avait pas peur que les Forces Spéciales viennent frapper à la porte de son container pour l'embarquer pour un dernier voyage vers l'Esplanade des Invalidés.

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Le vivarium

31 Mars 2017 , Rédigé par Marcel Dehem

Le vivarium

 

 

 

― Allez, Kali, au dodo maintenant, il est l'heure de dormir pour les petites filles.

Mais papa, je n'ai pas encore sommeil...Alors tu me racontes l'histoire que tu as écrite. Tu l'as lue à maman cet après-midi. Tu sais l'histoire des gens qui ont été envoyés vers les étoiles pour construire un monde nouveau. Allez papa, s'il te plaît !

Je veux bien mais après tu me promets de dormir ma puce...

D'accord papa !

 

La petite fille se coucha et attendit impatiemment que son père lui raconte l'histoire de la colonie de Terranova.

Il se racla la gorge et commença :

 

 

...L'homme se fraya un chemin dans l'assemblée, plongeant parmi les ombres blanches. Ces dernières s'égaillèrent en murmurant, révélant une silhouette diaphane allongée par terre, inerte.Il s'agenouilla. Il aurait voulu tendre la main, toucher, mais il n'osait pas: d'un corps ne restait que la peau. Juste une couche fine d'épiderme. Un fantôme posé à même le sol.

Il eut un haut-le-cœur en reconnaissant la chevelure flamboyante de la jeune femme avec qui il travaillait sur Terranova...

C'est quoi un haut-le-cœur papa ?

C'est ce que tu fais quand maman te sert des épinards. Le père reprit sa lecture.

...Il ne put s'empêcher de penser à ce que Stella lui avait raconté lors du repas qu'ils avaient pris ensemble hier autour de la gamelle de nourriture énergisante. Elle, d'habitude plutôt souriante, était décomposée. Lorsqu'il lui demanda ce qu'elle avait, elle hésita un moment avant de lui dire tu vas me prendre pour une folle. En tous les cas, j'ai l'impression d'être devenue folle. J'ai fait un cauchemar atroce cette nuit. Un visage énorme se penchait sur moi, je sentais même son haleine et une main géante m'a attrapée et m'a sortie de mon alvéole. J'ai eu l'impression d'être emmenée dans les airs , hors du dôme. Il y avait une lumière éblouissante, je hurlais en sentant la main qui me serrait et puis je me suis retrouvée sur mon matelas de mousse. J'avais mal partout lorsque j'ai ouvert les yeux. Je n'ai pas réussi à me rendormir. J'ai peur Dan...

Arrête de trembler Kali ! Si tu as peur, j'arrête de lire.

J'aime bien avoir peur papa...D'accord j'arrête !

OK, je continue :

...Il avait tenté de la rassurer en lui disant que ce n'était qu'un cauchemar mais la jeune femme lui avait répondu c'est autre chose Dan, j'ai peur!

La fillette se trémoussait de plaisir dans son lit. Elle lui dit:

Continue papa !

D'accord, mais arrête de gigoter dans ton lit. Puis il reprit la lecture:

...Il réprima l'envie de ramasser la mince dépouille pour l'emporter loin de la foule hagarde qui maintenant se mettait à psalmodier, les bras levés comme cela se passait à chaque fois que pareille chose se produisait. D'étranges ombres se dessinèrent à la surface du dôme protecteur derrière lequel brillait l'étoile qu'ils appelaient Alpha Centauri.

C'est loin Alphacento...?

Très loin. Je continue ?

Continue papa !

...Une main se posa sur son épaule en même temps qu'il reconnaissait la voix de celui que tout le monde appelait le vieux :

Ne reste pas là Dan ou tu finiras comme elle. Suis-moi, il est l'heure, dit-il tandis que les totems surmontés de puissants haut-parleurs diffusaient le jingle habituel de la reprise du travail.

Il se redressa péniblement en détournant le regard de l'affreuse dépouille pour enrayer la nausée qui l'envahissait et se mit à marcher derrière le vieux en direction de la ferme expérimentale où l' attendait comme chaque jour les plants de haricots, maïs, bananes à repiquer dans la laine de roche avant de contrôler le débit du liquide nutritif.

Qu'est-ce que c'est que cette merde Arthur ? demanda-t-il au vieux qui continuait à cheminer en boitant en direction du portail de la ferme hydroponique.

Avance, ne regarde pas en l'air, arrête de poser des questions, on en parlera ce soir, grommela-t-il en se hâtant...

C'est pas beau de dire merde, hein papa ?

Non c'est pas beau, répondit le père en montrant à sa fille qu'elle ne devait pas l'interrompre tout le temps.

Pardon papa !

...Le jingle de fin de journée retentit enfin. Dan avait hâte de retrouver le vieil Arthur qui semblait avoir une explication à lui fournir sur ces dépouilles désincarnées qui jonchaient parfois le sol sablonneux de la colonie.

Il se laissa happer par le flux des colons entièrement nus dont la peau blafarde les faisaient ressembler à des ombres blanches qui se dirigeaient silencieusement vers l'unité de restauration où les attendait la purée verdâtre qui constituait leur unique denrée alimentaire.

Il scruta la foule silencieuse à la recherche de la silhouette claudicante du vieux bonhomme. Il avait eu bien du mal à se concentrer sur son travail car la vision de la peau de Stella l'avait obsédée toute la journée.

Ce n'est qu'après avoir avalé le contenu de son écuelle qu'il aperçut enfin le vieil homme qui se dirigeait vers son unité d'habitation, une des alvéoles de plain-pied réservées aux vétérans devenus incapables de gravir les échelles qui menaient aux unités de repos des étages supérieurs.

Il y avait souvent des accidents. Des colons, trop fatigués ou las de ces dures conditions de vie manquaient un échelon et s'écrasaient sur le sol, emportant parfois dans leur chute plusieurs victimes. Dan logeait au huitième niveau et prenait toujours la précaution de lever les yeux pour s'assurer que personne n'était en train de gravir l'échelle avant de s'engager dans la périlleuse ascension.

Il s'arrêta devant l'alvéole d'Arthur tandis que le flot repu et fatigué des colons s'engageait sur les échelles à la recherche d'un repos bien mérité. Un cri retentit suivi d'un bruit sourd et d'un mouvement de foule qui annonçait une nouvelle chute. Le regard de Dan ne s'attarda pas sur le corps désarticulé d' un homme aux traits émaciés agonisant silencieusement.

Ne reste pas devant ma tanière, entre donc, dit le vieillard déjà affalé sur son lit de mousse.

Dan respira une dernière goulée d'air pur avant de pénétrer dans ce que le vieux avait bien raison d'appeler sa tanière vu l'odeur suffocante de merde qui y régnait.

Tu veux toujours savoir ce que c'est que cette merde comme tu me disais ce matin en contemplant la dépouille de cette jeune femme ? demanda sans préambule le vieil Arthur.

Tu as une explication, toi ? répondit Dan en respirant par la bouche pour supporter l'odeur aigre qui sortait de la bouche du vieux. Mais, dis-moi pourquoi tu ne te laves jamais ? Pourquoi tu n'utilises pas la ration d'eau qui nous parvient chaque matin dans l'écuelle destinée à nos ablutions. Ton alvéole n'en a pas ?

En guise de réponse, le vieux allongea le bras et attrapa l'écuelle destinée aux ablutions dans laquelle un étron nauséabond nageait.

Pouah ! C'est dégoûtant, ne put-elle s'empêcher de dire en battant des mains de plaisir. Continue papa, s'il te plaît.

...Dan porta sa main devant sa bouche pour résister à l'envie de vomir.

C'est peut-être le secret de ma longévité dit le vieux avec une grimace en reposant délicatement le récipient dans la niche puante.

Alors Arthur, ton explication ! Qu'est-ce qui se passe à ton avis? Tu sais comment Stella est morte ? lui demanda Dan.

Le vieil homme fourragea dans sa barbe malodorante avant de s'exprimer ainsi :

Je n'ai pas vraiment d'explication mais plutôt un ensemble de suppositions. Laisse-moi d'abord te poser quelques questions.

Il se tut durant quelques instants avant de demander:

De quoi tu te souviens de ta vie ?

Quel rapport avec ce qui est arrivé à Stella ? demanda Dan.

Réponds à ma question ! Le ton du vieux s'était fait autoritaire et cela agaça Dan qui eut envie de se lever autant pour échapper au discours de ce vieux fou qu'à la puanteur de son alvéole.

La main osseuse d'Arthur se posa fermement sur sa jambe l'empêchant ainsi de se lever. La force du vieux l'étonna. Il se mit à réfléchir à la question qui continuait à lui paraître absurde.

Comme tout le monde, répondit-il. On ne se souvient pas de grand chose, c'est à cause du grand traumatisme. On sait juste que notre planète a vécu une série de violents séismes qui nous ont obligés à nous réfugier sous ce dôme. En tout cas, c'est ce que tout le monde raconte. Avant nos parents vivaient , paraît-il à l'air libre. Mais l'air est devenu irrespirable. Mais pourquoi tu me demandes ça ?

Et tu y crois toi à cette histoire?

Dan était perplexe. Qu'est-ce que ce vieux fou avait derrière la tête ? Où voulait-il en venir en mettant en doute des évidences ? Le vieux se remit à parler :

Tu sais qu'on est soi-disant sur une planète du système Alpha Centauri...

Évidemment ! Tout le monde le sait. Pourquoi tu dis soi-disant ?

Qu'est-ce qui te prouve qu'on est effectivement sur une planète qui orbite autour d'Alpha Centauri ?

Où veux-tu qu'on soit ?

Où veux-tu qu'on soit, répéta la petite fille avec délice. Ils sont où papa ? demanda-t-elle.

Attends la fin de l'histoire, tu comprendras . Le père reprit sa lecture.

...Couché sur son matelas, Dan n'arrivait pas à trouver le sommeil, ressassant ce que le vieux lui avait raconté. Complètement fou ce pauvre vieux. Ça doit faire trop longtemps qu'il travaille, pensait-il en guettant les bruits de la nuit. Pourquoi on serait captif ? Drogué ? Ça n'a pas de sens. Autant croire à des puissances maléfiques dont on serait les jouets. Il y a forcément une explication rationnelle. Un virus inconnu. Qu'est-ce qu'elle avait de particulier Stella ? Elle était jeune, belle, souriante...de beaux cheveux roux et des yeux vert. Elle avait l'air en bonne santé...Alors !

Il en était là de ces réflexions lorsque la colonie fut d'un coup baignée par la lumière aveuglante d'Alpha Centauri. Des hurlements sortirent des alvéoles lorsque le tremblement de terre se déchaîna. Puis tout s'écroula et le dôme et ses unités d'habitation furent d'un coup plongés dans le chaos.

Qu'est-ce que...furent ses dernières paroles avant de perdre connaissance comme tous les colons surpris dans leur sommeil par ce qui ressemblait à l'explosion de la planète, percutée sans doute par un corps céleste. Il n'y aurait aucun survivant.

Le père s'arrêta et regarda le visage béat de sa fille.

Je me demande ce qui te plaît tant dans cette histoire qui n'est peut-être pas de ton âge ? lui demanda-t-il.

Ça me donne des frissons...et j'aime bien ça ! dit-elle avec candeur. Continue papa...Le petit bonhomme dans son bocal, j'adore...

D'accord ! Maintenant la petite Kali découvre que son vivarium a disparu.

C'était ça la colonie de Terranova, hein papa ?

oui, ma puce. Je continue ?

Oui, oui !

...Maman ! Qu'est-ce que tu as fait de mon vivarium ? Il n'est plus dans ma chambre.

Kali, je t'avais prévenu. Je t'avais demandé de nettoyer. Ta chambre est une véritable porcherie. Tu ne m'as pas écouté. Tant pis pour toi. J'ai tout jeté. Et tu vas me faire le plaisir de ranger tes affaires !

Tu as jeté mes petits bonhommes ! Tu es méchante, hurla-t-elle avant d'éclater en sanglot.

Arrête ton cinéma Kali, c'est toi qui est méchante, répliqua Shiva en l'attrapant par les cheveux avant de la tirer vers son bureau en désordre d'où émanait une odeur de viande avariée.

C'est quoi, ça Kali ? demanda-t-elle en l'obligeant à baisser la tête au dessus d'un fouillis malodorant de viscères en décomposition. C'est comme ça que tu t'amuses ?

Mais maman, je ne m'amuse pas, je fais des expériences.

On t'avait dit qu'on était d'accord pour t'offrir ces petits êtres et un vivarium mais pas pour les dépecer ! Ce sont des êtres vivants. Ils ressentent la douleur et toi tu leur ouvres le ventre avec ton scalpel. J'espère que tu les endors avant de faire ça. J'ai même retrouvé des peaux à l'intérieur du vivarium. Tu peux m'expliquer !

Je voulais juste voir comment les autres réagissaient...

Et alors ! Tu as vu quoi ?

Ils se rassemblaient autour de la dépouille en levant les bras et en chantant. On aurait dit qu'ils priaient. Tu crois qu'ils pensent maman ?

Bien sûr qu'ils pensent. Ce n'est pas parce qu'ils sont minuscules qu'ils ne pensent pas. Tu ne te souviens pas de la planète où on est allé les chercher. Tu t'étais pourtant bien amusé à les ramasser. Ils avaient peur, ils criaient et glissaient entre tes doigts pour essayer de s'échapper avant qu'on ne les mette dans le tube de décontamination. Tu vas me nettoyer ton bureau et vider toutes ces cochonneries dans la poubelle avant que ton père arrive sinon...

Oui maman !

Heureusement que j'ai gardé le vieux puant dans mon tiroir, se dit Kali en débarrassant son bureau des viscères et des minuscules pénis que sa mère, heureusement, n'avait pas remarqué. Elle s'était beaucoup amusée à arracher les pénis à l'aide d'une loupe et d'une pince à épiler. Tiens ! J't'arrache le zizi, ça t'apprendra, disait-elle aux malheureux en observant à la loupe leur grimace de douleur. Kali n'aimait pas les mâles, alors elle se vengeait sur ces petits êtres.

Viens voir un peu ici toi, dit-elle en ouvrant le bocal dans lequel gisait le vieil Arthur au bord de la suffocation.

Elle l'attrapa avec sa pince à épiler, le secoua un peu pour vérifier qu'il était encore vivant et le porta devant ses yeux en disant ― Tu as de la chance toi, tous tes copains sont morts, maman les a mis à la poubelle. Elle continuait à tenir l'homunculus qui gigotait faiblement, coincé dans la pince à épiler, l'approcha de son nez avant de s'exclamer ― Tu pues, c'est pas croyable. Je vous mettais pourtant tous les jours de l'eau fraîche. Un faible son sortit de la bouche du vieil Arthur.

Tu parles ? Qu'est-ce que tu dis ? demanda-t-elle en approchant le petit bonhomme de son oreille. Parle plus fort ou je te coupe en deux, ajouta-t-elle en roulant ses yeux énormes devant le pauvre Arthur tétanisé par la peur.

Tu me fais mal ! réussit-il à crier.

Kali fut tellement surprise de comprendre ce que ce petit bonhomme puant lui disait qu'elle faillit appeler sa mère pour lui dire que les petits êtres savaient parler. Elle se retint à temps et posa l'homunculus pantelant sur son bureau.

Tu sais comment je m'appelle ? lui demanda-t-elle. Je m'appelle Kali et je suis très cruelle, surtout avec les mâles...je leur arrache le zizi avant de leur couper les bras et les jambes. Mais je vais déjà te laver, ajouta-t-elle. Tu sens trop mauvais. Elle l'attrapa par une jambe et se dirigea en chantonnant vers la salle de bain.

Maman, je vais me laver, cria-t-elle en traversant le couloir avec le pauvre Arthur dans la poche de sa robe de chambre.

Lui qui n'avait pas approché l'élément liquide depuis des lustres fut plongé sans ménagement dans un bain moussant et parfumé. Elle le frotta énergiquement, lui coupa les cheveux et la barbe avec ses ciseaux à ongle, l'approcha de son visage, parut satisfaite du résultat, ouvrit grand sa bouche, mimant le geste de l'engloutir dans cette caverne odorante avant de lui donner un grand coup de langue sur le corps, ce qui eut pour effet de lui provoquer une magistrale érection.

C'est quoi déjà une érection ? Demanda Kali.

C'est quand le zizi des garçons grandit et devient dur...

Pour déposer des petites graines dans le ventre de la maman ?

Oui c'est ça Kali. Je continue mon histoire ?

oui papa !


 

...Ah ! Mais ça te fait de l'effet petit coquin, dit-elle en renouvelant son coup de langue. T'es mon bébé à moi maintenant, ajouta-t-elle en s'amusant à tripoter le petit pénis d'Arthur.

C'est ainsi qu'il devint son confident et son sex-toy.

Elle le nourrissait subrepticement avec les mets les plus fins, dormait avec lui, le laissant gambader sur son corps d'ébène pour le plaisir des chatouilles dans les endroits les plus secrets, avant de le poser délicatement dans une boîte d'allumette garnie de coton pour ne pas risquer de l'écraser durant son sommeil de déesse.

Ils eurent de longues conversations ponctuées de coups de langue passionnés.

Arthur en apprit beaucoup sur les énergies qui régissaient l'Univers et aussi sur la planète dont il était originaire et qu'elle nommait Tahour Devi. Elle était particulièrement irritée par le manque de dévotion des habitants de la Terre, hormis le milliard d' Hindous qui suivaient les préceptes des textes sacrés du Ramayana et du Mahabharata. Ceux-là étaient toujours laissés en paix lors des excursions qu'elle faisaient avec ses parents sur Tahour Devi. Elle lui apprit aussi qu'elle l'avait ramassé, comme quelques autres sur une plage de Sumatra.

Ce jour-là, elle s'était beaucoup amusée à s'éclabousser avec ses parents dans l'Océan Indien, ce qui avait provoqué un tsunami.

Elle avait repêché quelques malheureux qui se noyaient. Elle avait pris les plus jolis, lui murmura-t-elle tu devais être mignon sinon je t'aurais écrabouillé, ajouta-t-elle en le caressant amoureusement.

Je comprends maintenant pourquoi je n'aime pas trop l'eau. Arrête Kali, tu m'étouffes, je ne suis pas une poupée, ajouta-t-il tandis qu'elle le léchait comme s'il était une sucette. Il avait beau savoir qu'elle ne lui voulait pas de mal, il avait toujours du mal à garder son calme lorsqu'elle le manipulait avec passion car elle ne sentait pas sa force. Il craignait par dessus tout ses pulsions sexuelles qui pouvait l'amener à se servir de lui comme d'un godemiché....

C'est quoi un godemichel papa ?

Godemiché ! Pas godemichel ! C'est un jouet pour se faire du bien.

Ah, d'accord ! Continue papa.

Le père reprit :

...Puis vint le jour funeste où elle l'oublia dans sa boîte d'allumette. Il avait chaud, il avait faim et soif et une envie pressante qu'il dut assouvir sur son douillet couchage en coton.

Le pauvre Arthur...Et après la maman de Kali a jeté la boîte d'allumettes à la poubelle parce qu 'elle avait trouvé la boîte dans la chambre de sa fille et Arthur puait parce qu'il était mort... c'est comme ça que ça se termine, hein papa ?

Oui ma puce, allez maintenant il faut dormir. Fais de beaux rêves.

Bonne nuit papa, dit-elle en serrant son doudou ou plutôt sa poupée, une femme à la peau d'ébène portant un pagne de bras coupés et un collier de crânes humains.

Le père éteignit la lumière et sortit doucement de la chambre où la petite Kali dormait déjà.

***

Tu sais ce qu'ils viennent d'annoncer à la télé ! lui dit sa femme lorsqu'il pénétra dans le salon.

Non, quoi ?

Que l'on n'a plus de nouvelles de la colonie Terranova depuis une semaine. La station expérimentale ne répond plus.


 

 


 


 


 

 


 


 

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La vie éternelle

31 Mars 2017 , Rédigé par Marcel Dehem

La vie éternelle

 

 

La vie éternelle

 

 

Il n'arrivait pas à s'habituer à sa voix métallique. Pourtant depuis dix mille ans qu'il l'entendait résonner dans leur capsule spatio-temporelle.

― Tu sais que les Terriens sont en train de réinventer le Transhumanisme..."

― Oui, j'ai lu ça ce matin.

― Tu ne crois pas qu'on devrait essayer d'intervenir ...

― Qu'est-ce que tu crains... qu'ils finissent par prendre notre place ?

― Tu as vu où ça se passe... À Palo Alto et à Berkeley... En Californie, c'est comme ça qu'ils nomment la côte Pacifique du continent Nord-Américain... Tu sais, cette région qui était à la limite des grands glaciers lorsque nous avons quitté la Terre.

― Je te signale que même s'ils progressent apparemment à grande vitesse dans ce coin de la Terre, on a du temps devant nous car la plupart des autres Terriens les prennent pour des illuminés. Tu as lu les articles qui parlent de ce qu'ils nomment les dangers des technosciences. Et tous ces gens qui sur terre continuent à se battre pour défendre leurs croyances insensées dans des divinités qu'ils placent au dessus de tout, allant même jusqu'à se sacrifier pour leurs idoles. Ne t'inquiètes-pas, ils ont encore du chemin à faire...

― Oui, tu as raison. C'est vrai qu'ils n'ont toujours pas compris les messages qu'on a laissés sur les hautes terres de ce qu'ils appellent maintenant l'Amérique du Sud. À part un Charroux et les représentants de la New-Age qui se sont doutés de quelque chose, tous les autres rien... Et surtout pas les soi-disant spécialistes, les archéologues qui sont allés sur le terrain. C'est fou le mal qu'ils se sont donnés pour camoufler ce qui aurait du être une évidence.

― C'est comme les démentis de leurs scientifiques concernant nos capsules spatio-temporelles, ce qu'ils appellent le mythe des soucoupes volantes pour mieux ridiculiser nos apparitions...

― Oh, oui quelle rigolade... Tu te rappelles, la dernière fois qu'on est allé faire un voyage sur Terre... La tête du pilote de l'Air-Bus lorsqu'il nous a vus devant lui au dessus de l'Atlantique...

― Ah, ah ! On s'est bien marré chérie...

― On y retourne... juste pour voir ce qu'ils fabriquent...

―Allez, pour te faire plaisir... Tu programmes correctement le saut spatio-temporel... Pas comme la dernière fois où on s'est retrouvé dans la constellation du Cygne alors qu'on avait décidé d'aller voir le lever du soleil de Proxima du Centaure...

― T'en fais pas mon chou...Et toi n'oublies pas de programmer ton imprimante 3D durant le trajet..

Tu te souviens de la tête que tu avais lors de notre dernier saut... Tu me faisais penser à un petit vieux avec ta vieille peau que tu avais oublié de rénover et qui pendait lamentablement sur le disque dur de ta conscience.

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Kepler 69

25 Mars 2017 , Rédigé par Marcel Dehem

Kepler 69

 

 

«... Moi, Daniel, j'eus l'esprit troublé au dedans de moi, et les visions de ma tête m'effrayèrent...»

Ancien Testament  Livre des prophètes

 

 

1° septembre 2014

 

 

J'ai repris ce matin, sans plaisir particulier, le chemin de mon collège. Le rituel du café en salle des professeurs, les visages connus bronzés et rigolards, les nouveaux vite pris en charge par le trio formé par le délégué syndical avec son fidèle lieutenant et la présidente de l'Amicale, pressés tous trois d'apprivoiser les nouveaux venus pour s'assurer leur parfaite loyauté pour une nouvelle année de combat militant.

J'ai salué tout le monde, embrassé quelques collègues. Oh, Jocelyne a changé de parfum. Myriam est toujours affligée de ses troubles endocriniens. Robert le dragueur ne peut s'empêcher de me serrer d'un peu trop près. Quelle cacophonie dans cette salle. Mes oreilles sont agressées par toutes ces conversations qui se croisent. Québec, c'est merveilleux...Tu as changé de voiture ? et les enfants...aux States, il prépare un master....la recette de la confiture de...Tu n'as pas un peu grossi? Tu es mieux comme ça...

Mais où est passé mon casier ? Ah, c'est vrai, avec les nouveaux, tiens ! en voilà un, Antoine M. il est juste à côté de moi. Quelle tête il a celui-là ?

Une sonnerie grêle, celle qui va rythmer pendant dix mois ma vie, retentit. C'est l'heure de la grand messe. On va voir la tête du nouveau Principal. Je sens de la fébrilité chez Bernard et Jérôme, nos représentants du Personnel au Conseil d'administration.

Je suis sans enthousiasme la foule caquetante qui se dirige paresseusement vers la salle de réunion. Jocelyne me prend par le bras et me souffle: « Nous ne sommes plus ensemble !

Ah ! dis-je.

Ça n'allait plus du tout, tu t'en est rendu compte à la fin de l'année dernière ! On s'est séparé pendant les vacances après notre séjour à Ibiza.

Je ne l'ai pas vu, dis-je.

Il a obtenu son détachement pour le ministère de la culture. Bon débarras ! Tu as vu la classe du petit nouveau qui va enseigner la physique ? Antoine M. qu'il s'appelle.

Non !

Il est super mignon. Un grand brun avec des yeux bleu, le type bel hidalgo. Hummm !

Tu n'as pas déjeuné ce matin ?

Ahh ! Natacha, toujours la même. Tiens c'est lui

 

J'ai déjeuné avec Jocelyne et le grand brun qui s'appelle Antoine. Un type pas banal, je crois. Il nous a raconté qu'il avait envie de découvrir l'enseignement. Apparemment il a pas mal roulé sa bosse, en Allemagne, à l'institut Max Planck, rien que ça et au Mexique. C'est vrai ce que dit Jocelyne. Il a une tête de matador en plus costaud et des yeux d'un bleu !

Jocelyne a fait tout ce qu'elle pouvait au cours du repas mais il est resté étrangement calme. Il avait l'air de nous observer comme si nous étions des extraterrestres.

Ce soir en rentrant à la maison avec mon nouvel emploi du temps le Principal avait été sympa, je ne travaillais pas le mercredi j'ai raconté à Vincent que j'avais déjeuné avec un nouveau prof de physique qui avait travaillé à l'institut Max Planck à Munich dans le domaine de la physique des particules. J'ai vu le regard de Vincent s'allumer. J'aimerais bien le rencontrer m'a-t-il dit.

Je me demande si c'est une bonne idée. Je trouve que Vincent n'a pas bonne mine en ce moment malgré ses antidépresseurs. Depuis que je sais qu'il est en contact avec les raëliens et leurs histoires d'extraterrestres, je ne suis pas tranquille et mes parents non plus. J'ai essayé de le mettre en garde mais j'ai senti qu'il se braquait.

Allez, au dodo, demain je commence à huit heures.

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La Règle venue du Ciel

25 Mars 2017 , Rédigé par Marcel Dehem

La Règle venue du Ciel

 

 

                                                         Chapitre 1

 

 

La cafetière électrique émit un crachotement poussif qui lui rappela durant un bref instant la nécessité de lui offrir un détartrage. Il sortit de la contemplation matinale de la ville, noyée dans une brume de chaleur agrémentée de particules fines, pour sortir la tasse que Léa lui avait offert pour son anniversaire.

Son anniversaire, quarante-six ans. Épatant ! pensa-t-il avec la figure de quelqu'un qui vient de se raconter une blague éculée et qui se force à rire pour ne pas contrarier son esprit encore embrumé.

Chaque matin, lorsqu'il laisse son regard divaguer sur la ville émergeant de son nuage de pollution, il a l'impression de voyager à l'intérieur de sa tête.

Son regard se balade de la flèche de l'église Saint-Epvre aux tours du quartier de la gare en survolant brièvement le carré boisé de la Pépinière pour se poser finalement sur les contreforts urbanisés du plateau de Brabois.

Le parcours visuel est toujours identique et correspond, il s'en est rendu compte un jour, à son parcours de vie dans la ville du roi Stanislas.

Il habite depuis quinze ans au dix-septième étage de la tour Tilleul argenté 2 qui domine le quartier du Haut du Lièvre que son grand-père lui avait décrit avant les premières constructions dans les années cinquante comme il disait.

Nicolas repensa un instant à ce petit vieux un peu farfelu qui lui racontait toujours des histoires d'extra-terrestres ou qui lui apprenait le nom des étoiles.

C'est lui qui lui a donné cette passion pour la littérature de science-fiction, les histoires d'ovni et les mystères des civilisations disparues.

Il se rappela avec une pointe de contrariété, qu'aujourd'hui, il était en congé puisqu'on était dimanche.

Il détestait les dimanches où il tournait souvent en rond dans son deux-pièces avec balcon en attendant le lendemain où il pouvait à nouveau se rendre à son travail.

Nicolas travaillait depuis presque vingt-cinq ans à la médiathèque du quartier de la Pépinière.

Il sortit précautionneusement sur son balcon, il n'avait jamais réussi à être tout à fait serein lorsqu'il enjambait le rail de sa baie vitrée tellement la vue était vertigineuse du haut du dix-septième étage à la verticale de la colline qui dominait la ville.

Lorsqu'il l'avait visité la première fois, il avait eu un mouvement de recul lorsque l'agent immobilier l'avait invité à contempler le panorama qui s'ouvrait devant lui, exposé plein sud, avait ajouté le bonhomme. Il avait même failli dire que ça ne lui convenait pas à cause du vertige qui l'avait toujours handicapé mais ne même temps il était fasciné par le ciel immense qui s'ouvrait devant lui et le spectacle de la ville miniature dont il connaissait presque chaque rue. Il songea aussi que le balcon ferait un merveilleux observatoire lorsque le ciel étoilé daignerait se montrer.

Aussitôt après avoir emménagé, il avait fait l'acquisition d'un télescope et prenait énormément de plaisir, lorsque les conditions météo le permettaient, à observer les planètes et quelques constellations. Il avait une prédilection pour la constellation d'Orion, visible en hiver, montant de l' Est avec sa forme de trident.

C'est d'ailleurs en hiver, lorsque le froid est vif avec une petite bise descendant du Pôle que les conditions d'observation sont optimum.

La planète Mars faisait naturellement partie de ses observations avec toujours l'espoir d'apercevoir des signes correspondant à la manifestation d'une présence extra-terrestre.

Il a souvent aperçu dans le ciel nocturne, sans avoir le temps de braquer son télescope vers eux, des phénomènes lumineux qui ne pouvaient être ni des avions ni des satellites ni des météorites.

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